Chronographe « Les Fils de Favre-Heinrich »

Récemment sortie de révision, une montre de gousset chronographe signée « Les Fils de Favre-Heinrich » emboitant un mouvement Lecoultre calibre 20.

 

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Je vous invite à découvrir le récit photographique de la restauration sur les pages qui suivent.

Le boitier est en or 18k, ou 750. Un petit poinçon, quasi illisible, est imprimé sur le tube du pendant, sans doute une tête de cheval. A déchiffrer plus tard.

Poinçon tête de cheval - Or 18k 750/1000La tête de cheval tournée à droite fut utilisée par les départements français de 1838 à 1919 pour certifier l’or 18k, titré 750. Depuis 1919 c’est le même poinçon qu’à Paris, la tête d’aigle.

Tête de cheval 1838-1919 / Poinçon SGEstampillé sur le boitier également, à gauche de la tête de cheval,  un poinçon en forme de losange, contenant une clé et les lettres SG : c’est celui du fabricant, la Société générale des boites d’or à Besançon.

Cet article Wikipedia retrace l’histoire de l’horlogerie à Besançon.

Le magnifique mouvement est un Lecoultre calibre 20, apparemment non signé.

Quelques réparations mineures sont à prévoir : une couronne qui a perdu son placage…

… et l’aiguille du chronographe qui ne revint pas à zéro. A part cela la montre est saine, le mouvement bien conservé, on trouve de la graisse à certains endroits. Mais tous les huiliers sont à sec. Cette montre n’a pas été révisée depuis au moins 10 ans.

1. Le démontage

Un démontage classique, pas à pas, en prenant soin de noter la position des pièces. Le mouvement est retenu dans la carrure par deux vis à tête coupée et un tenon. Une fois les vis libérées le calibre sort par l’avant.

 

150 pièces de haute horlogerie ancienne dans l’attente du grand bain décennal, voire moins fréquent ! Avant le nettoyage il faudra encore désassembler quelques sous-ensembles, comme le barillet, le coq ou certains leviers.

Démontage de quelques sous-ensembles.

 

2. Le nettoyage

Le nettoyage traditionnel inclut un passage des pièces dans une succession de bains : nettoyages, rinçages et finalement séchage à l’air chaud. Une inspection visuelle est requise pour vérifier que toutes les traces d’huile gommée aient disparu. Le cas échéant une intervention manuelle au bois de fusain a raison des traces récalcitrantes.

 

L’ensemble des pièces de la montre, boitier et chaine compris, après le nettoyage, prêtes à être remontées.

3. Réparations / améliorations

Le renouvellement du placage d’or de la couronne. Il faut d’abord se débarrasser de la vieille matière pour arriver sur l’acier de la couronne. Celle-ci sera ensuite nettoyée, polie, dégraissée et recevra une couche d’or de quelques microns par galvanoplastie.

 

Le canon de l’aiguille du chronographe doit être refait. Il a probablement été lanterné trop fort et s’est cassé lors du chassage sur le tigeron de la roue. Du coup il ne tient plus et se décale à chaque mise en route du chrono. La force centrifuge lors du démarrage, arrêt et retour à zéro est énorme !

 

Selon le souhait du client, les vis de pont reçoivent un traitement thermique pour leur redonner une couleur bleue profonde et uniforme. Ceci implique de restaurer une surface absolument lisse des têtes de vis. Aucune égratignure ou marquage n’est toléré.

 

Résultat du traitement thermique à 290°C. Un résultat uniforme est très difficile à obtenir. À 280°C la teinte est mauve, à 290°C c’est bleu roi, à 300°C la couleur tourne au bleu clair puis gris. Un chauffage progressif assure une diffusion lente de la chaleur dans le corps de la vis. Cela ne réussit pas chaque fois…

Le réglage du chronographe a requis d’intervenir sur les sautoirs, ressorts de rappel et excentriques de butée. Un jeu de patience qui s’étire souvent sur plusieurs journées. Observer ce qui ne fonctionne pas, réfléchir à comment cela devrait fonctionner, remédier au problème, observer à nouveau, le cycle se répète souvent plus d’une fois.

 

4. Le remontage

La qualité d’une montre haut de gamme s’observe aussi dans le niveau de la finition. Jusque dans les moindres détails, comme ici l’extrémité arrondie et polie de la vis de cet embrayage de chronographe.

 

Gros plan sur le train de roues, le balancier et son spiral Breguet. Les vis, fraichement bleuies, soulignent élégamment l’aspect noble de ce mouvement haut de gamme.

Remonter le ressort  a mis en évidence un problème caché jusque là : le ressort glisse dans le barillet après quelques tours de remontage. Il va falloir re-démonter une partie de la montre pour vérifier les accroches et les réparer. Puis repositionner la croix de Malte et tout remonter.

Ce contretemps a coûté une bonne demi-journée de travail. Le puissant ressort se courbe en se tendant. Cette courbure finit par écarter de l’encoche du barillet le trou d’accroche, situé à l’extrémité du ressort. Retailler l’encoche dans le barillet et cintrer légèrement l’extrémité du ressort a résolu le souci. Il m’a fallu démonter et remonter trois fois l’ensemble barillet, roue de centre et roue de seconde !

Vers 17h le problème a trouvé sa solution. La suite du remontage peut continuer : réassemblage et lubrification de la fonction chronographe et des totalisateurs.

Gros plan sur la croix de Malte (en position ressort détendu) et le système de mise à l’heure.

Le mouvement Lecoultre calibre 20, remonté et lubrifié. Il ne reste qu’à poser le cadran, les aiguilles et emboiter le tout. Le placage de la couronne viendra en tout dernier, j’attends encore la livraison de produits chimiques.

5. Photos finales

Les deux photos ci-dessous sont provisoires, en attendant la dorure de la couronne – voir le §3. Réparations / améliorations.

Les aiguilles sont maintenant parfaitement alignées.

 

Photos finales !

Il ne reste qu’UNE photo à réaliser. JM, propriétaire de cette superbe montre à gousset, sait laquelle 😉 Merci à lui pour la confiance qu’il a placée en l’Atelier de Madman – Horlogerie pour la restauration de son précieux garde-temps.

LA photo finale, avec la chaine en or, poinçon tête d’aigle.

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